Tipeee

Pourquoi est-ce qu’il faut financer les artistes via les projets de financement participatifs ?

Depuis des années je fais de la photo, je réalise de nombreux projets qui sont généralement orientés sur de la mise en scène dans ce qu'on pourra appeler globalement le domaine de la "photo d'art".
C'est un terme un peu pompeux et c'est encore plus délicat de devoir s'auto-définir en tant qu’ "artiste".

Les domaines de l'art souffrent de nombreuses maladies, une des plus importante contre laquelle j'essaie de lutter c'est l'élitisme. C'est une maladie qui se justifie par le fait qu'à un moment donné il est légitime pour celui qui veux vivre de son art, de chercher à le vendre au plus offrant … à savoir aujourd'hui les élites à travers les réseaux de galeries d’art.
Pendant des années j'ai essayé de trouver un moyen d'accéder à ces cercles pour espérer vendre mes œuvres. Je ne saurais pas dire si c'est une chance ou non, mais le fait est que je n'y suis jamais arrivé, restant largement un outsider.
Bien qu’ayant provoqué de nombreuses remises en questions et phases de démotivation profonde, j'ai suffisamment de retours et de capacité autocritique pour me permettre de mettre en perspective les choses : même si il est perfectible, mon travail peut être considéré comme "valable" et "qualitatif", il plait à de nombreuses personnes, interroge et provoque différentes émotions, j'ai donc pris le parti de penser que ce n'est pas uniquement pour des critères artistiques que je ne peux accéder à ces cercles mais bel et bien pour mon incapacité à réseauter et être coopté.
Aujourd'hui je considère que le fait de n'avoir pu accéder jusqu'à présent à ces cercles comme étant une chance, parce que éthiquement j'ai toujours été face à une réelle problématique : en effet, comment dépendre des gens dont on ne partage pas les valeurs fondamentales sur l’approche de la société ?
Les rares fois où j'ai été en présence de ces “élites” j'ai toujours été mal à l'aise. ( Attention, je ne cherche pas à faire de la stigmatisation "anti-riche", car ce n'est pas tant une question d'argent que de valeurs.
Ces cercles de gens se sentent une totale légitimité à faire et défaire les destins. Leur gouts, leur envies, leur caprices peuvent profondément impacter la société. Il y aurait beaucoup à dire et analyser, mais ce n'est pas le propos de cet article. )
Là où je souhaite en venir c'est qu'aujourd'hui l'apparition de nouveaux outils permettent de repenser la manière dont on s'investit et la façon dont on souhaite donner de la valeur aux choses.

Pendant plusieurs années, l'arrivée d'internet a créé une perception erronée d'une forme de "culture gratuite et illimitée" où se croisent des acteurs très différents avec des intérêts qui le sont tout autant :
on ne fait pas du tout le même tort à regarder un film de marvel en torrent qu'à le faire sur un petit film d'auteur, de même que le dernier album de Justin Biber téléchargé illégalement influera moins sur l'achat de sa prochaine Ferrari que le téléchargement d'un petit groupe local sur leur achat de leurs paquets de pâtes à la fin du mois.
Les grosses compagnies, les majors, font tout pour créer des amalgames et tout placer sur le même plan, mais c’est une réalité trompeuse qui ne sert les intérêts que d’une toute petite partie des acteurs de la culture, au détriment de tous les autres, souvent nettement plus engagés.
Ces années d'opulence ont crée cette perception déformée, mais petit à petit les gens recommencent à percevoir la valeur des choses et le succès de nombreuses campagnes de financement participatifs en sont la démonstration : la volonté de participer activement à forger et construire des projets ensemble sur les thèmes qui nous rassemblent.
Et là, l'opulence et le foisonnement des projets permet à tout le monde de s'y retrouver, quelles que soient les croyances et les valeurs individuelles !

C'est en voyant l'arrivée de ces outils que j'ai commencé à apercevoir une ouverture face à mon souci éthique. Un moyen de ne plus avoir à aller lorgner du côté des gens avec qui je ne partage rien et devant qui je devrais être en attente de leur approbation pour exister ou non.
Un moyen qui permet à toutes les personnes qui aiment ce que je fais de participer à leur échelle. Un moyen de rester dans ce que je considère primordial pour l'art : l'accessibilité ! La plupart des crowdfundings sont orientés vers le financement de projets définis or, ce que je souhaite valoriser c’est l'ensemble de ma démarche d’auteur.
C’est pour ça que je me suis tourné vers plateforme encore assez peu connue pour le moment :
Tipeee. ( https://www.tipeee.com/samten-norbu-photographe )
C'est un site qui permet de créer un "abonnement" à mon travail, une manière d'apporter un peu de sécurité avec une ventilation des revenus tout au long de l'année, assez proche finalement du fonctionnement des AMAPs : une sorte de panier où l’objet culturel et artistique remplace les légumes de saison. Le principe est assez simple : à partir de 1€ par mois il est possible de participer. Il ne s’agit pas de mettre ses économies en péril, car les sommes peuvent êtres insignifiantes pour les dépenses d’un foyer, mais c’est de miser sur l’effet de masse.
De plus, si on y regarde de plus près, ça ne reviendrait à l’année qu’à un billet de cinéma, ou une entrée de spectacle de théâtre ou un petit concert pour celles et ceux qui choisiraient le plus petit abonnement, mais il y a également des abonnements avec des contreparties matérielles afin de rester dans l’échange plus conventionnel pour ceux qui préfèrent.
L'idée c'est d'arriver à un nombre d'abonnés suffisant pour pouvoir générer un revenu me permettant de me consacrer entièrement à la création ( ce qui n'est de loin pas le cas pour le moment ) tout en étant connecté à la force qu'apporte ce soutien collectif dans cette démarche. En France on a du mal à parler de chiffres lorsqu’il s’agit de revenus, alors je vais jeter un pavé dans la mare car il y a pas mal de “légendes”: une grande partie des auteurs photographes ( plus de 43% ) gagne moins de 1200€ NET par mois ( en 2013 ), avec une grosse concentration autour des 800€ ... et surtout avec un recul significatif ces 3 dernières années.
Dans mon cas, sans le complément du RSA je ne pourrais pas subvenir à mes besoins.
Bien entendu il s’agit de choix, car je préfère accepter cette précarité afin de me consacrer à ce métier.
Je ne suis pas à la recherche de fortune ni de gloire, mais c’est pour bien faire comprendre qu’être artiste est une situation précaire qui isole fortement.
Être porté par une communauté de contributeur devient dès lors un moteur pour aller encore plus loin et étant plus fort et en ayant la possibilité de percevoir concrètement de la reconnaissance.
Voici le lien vers mon tipeee, c’est à vous maintenant de vous impliquer pour permettre à l'art de continuer à exister en dehors des réseaux élitistes et exclusifs.
Ne sous-estimez pas la valeur de votre geste, aussi petit soit-il à vos yeux !
Sur ma page facebook je compte plus de 7000 fans, même si de nombreux ne sont pas actifs et impliqués, mais si ne serait-ce qu’un partie se lance dans l’aventure, ça change la donne considérablement !
Vous pouvez vous abonner, partager cet article ou bien juste celui de mon tipeee, mais aussi ceux d'autres auteurs/artistes, car nous sommes nombreux à avoir besoin de vous !
Mais n’oubliez pas non plus que vous aussi vous avez besoin de nous !

https://www.tipeee.com/samten-norbu-photographe

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